Faire découvrir le monde à son chiot : la qualité avant la quantité

Amaruq, jeune chiot esquimau canadien sur la plage en liberté avec en arrière plan un husky adulte

Lorsque l’on accueille un chiot, une envie revient presque toujours : lui montrer le monde.
Le présenter à notre famille, à nos amis, aux voisins. Lui faire rencontrer des chiens, des humains, des enfants. L’emmener au marché, en terrasse, en ville, à la plage, en forêt…
Cette envie est humaine, parce que nous sommes heureux, fiers de notre nouveau compagnon et nous avons naturellement envie de partager notre quotidien avec lui.

À cela s’ajoute parfois une certaine pression : les conseils de l’entourage, les réseaux sociaux, certains discours professionnels ou encore les vidéos qui expliquent tout ce que notre chiot devrait absolument avoir découvert avant tel ou tel âge…

Alors, avec les meilleures intentions du monde, certains gardiens se mettent en mission. Il faut le socialiser… et vite !

Pourtant, profiter de cette période précieuse ne signifie pas devoir tout lui montrer en urgence et la socialisation ne devrait pas devenir une course contre la montre.


Mais au fait, socialiser un chiot, qu’est-ce que cela signifie ?

On réduit encore souvent la socialisation à : « Il faut qu’il rencontre beaucoup de chiens. »
Les congénères ont évidemment leur importance, mais la socialisation est bien plus large.

Le chiot découvre progressivement les humains, les autres animaux qu’il pourra côtoyer, les environnements, les bruits, les odeurs, les mouvements, les véhicules, les surfaces… bref, le monde dans lequel il va devoir évoluer.

La période précoce de la vie est particulièrement importante dans cette construction. Les recommandations en comportement vétérinaire encouragent d’ailleurs à proposer tôt des expériences variées, dans des conditions sûres et adaptées au chiot. 

Mais il existe une nuance essentielle : socialiser ne signifie pas apprendre à son chiot à tout accepter.

  • Il n’a pas besoin d’être caressé par tous les humains qu’il croise.
  • Il n’a pas besoin de jouer avec chaque chien.
  • Il n’a pas besoin d’approcher chaque animal.

Il peut voir un enfant sans être touché par lui, regarder un cheval à distance, croiser un chien sans aller le sentir ou observer tranquillement une terrasse avant d’y prendre place.
La neutralité est aussi une compétence.

L’objectif n’est donc pas de « fabriquer » un chiot qui adore tout et tout le monde.
C’est de lui donner suffisamment d’expériences pour comprendre son environnement, suffisamment de sécurité pour l’explorer et suffisamment d’espace pour pouvoir aussi exprimer : « là, c’est trop pour moi ».


Les autres chiens : le fameux « puppy pass »
un husky adulte en haut d'une dune accompagné d'un chiot esquimau canadien


On entend parfois parler d’un « puppy pass » une sorte de tolérance particulière que les chiens adultes accorderaient aux chiots. Et effectivement, certains adultes peuvent se montrer très tolérants avec eux.

Ils peuvent participer à leurs apprentissages sociaux, accepter certaines maladresses, poser des limites ou simplement leur apprendre qu’être à proximité d’un autre chien ne signifie pas forcément jouer. Mais attention à ne pas transformer cette idée en règle universelle.

Tous les chiens adultes n’apprécient pas les chiots et franchement… cela peut se comprendre.
Un chiot peut être débordant d’énergie, insistant, maladroit. Il saute, mordille, poursuit, revient alors que l’autre s’est détourné et n’a pas toujours encore les compétences nécessaires pour comprendre un refus subtil.

L’adulte aussi a le droit d’en avoir assez. Il ne devrait pas avoir à supporter toutes les interactions sous prétexte que « c’est un bébé, il faut bien qu’il apprenne ».
Et surtout, laisser volontairement un adulte excédé « remettre le chiot à sa place » ne devrait pas constituer une stratégie de socialisation.

Est-ce que les deux chiens reviennent volontairement dans l’interaction ? Est-ce que chacun peut s’éloigner ? Le jeu comporte-t-il des pauses ? L’un des deux cherche-t-il régulièrement à éviter l’autre ?

Parfois, interrompre quelques secondes suffit à laisser chacun souffler et à observer si les deux chiens choisissent ensuite de reprendre l’interaction.

Le chiot a besoin d’apprendre les codes sociaux et le chien adulte n’a pas à devenir son éducateur malgré lui.


Découvrir le monde ne signifie pas tout découvrir d’un coup
chiot esquimau canadien de profil dans un champs


Oui, il faut sortir son chiot et lui permettre d’expérimenter, car le garder dans une bulle par peur de mal faire ne lui rendrait pas davantage service.
Mais entre ne rien montrer et vouloir tout montrer, il existe tout un espace… celui de la PROGRESSIVITE.

Il est parfois tentant de vouloir cocher des cases pour se rassurer :

Marché ✔️
Terrasse ✔️
Centre-ville ✔️
Chiens ✔️
Enfants ✔️
Transports ✔️
Plage ✔️

Mais le chiot, lui, ne coche aucune case car il vit des expériences et construit des associations.
Une rencontre calme avec un congénère disposant de bonnes compétences sociales peut lui apporter davantage qu’un enchaînement de contacts désorganisés dans un parc canin. Observer un marché pendant dix minutes à bonne distance est plus sain et constructif qu’y passer une heure au milieu de la foule.

Une expérience n’a d’ailleurs pas besoin d’être extraordinaire pour être intéressante.
Le marché peut simplement devenir un non-événement : Il y a des gens. Des bruits. Des odeurs. Ça bouge. J’observe. Et tout va bien.

La socialisation ne se mesure donc pas au nombre de cases cochées, mais à la manière dont le chiot vit ce que nous lui proposons.

Observer est déjà apprendre
Chiot esquimau canadien dans la neige en montage


Un chiot s’arrête devant quelque chose qu’il ne connaît pas et très vite, nous l’appelons : « Allez, viens ! »
S’il reste à distance d’un inconnu : « Il est timide ! »
S’il regarde un chien sans aller immédiatement jouer : « Il faut le socialiser ! »

Mais pourquoi faudrait-il toujours agir ? Observer est déjà une véritable compétence.
Lorsqu’un chiot s’arrête, il ne perd pas son temps. Il en prend pour récolter des informations.
Il regarde les mouvements, écoute les sons, analyse les odeurs et utilise ses différents sens pour comprendre progressivement ce qui se trouve devant lui.

Certains chiens sont naturellement plus observateurs que d’autres et cette distance n’est pas nécessairement liée à de la peur. Et même lorsqu’une appréhension existe, précipiter l’interaction n’est pas la meilleure réponse.

Parfois, son apprentissage du jour sera simplement de regarder, de sentir, de comprendre… puis poursuivre son chemin.

Il n’a pas besoin d’interagir avec quelque chose pour apprendre que cette chose existe.


« Il ne dit rien » ne veut pas forcément dire « il va bien »

C’est probablement l’un des points auxquels je suis particulièrement attentive.
Nous imaginons facilement un chiot dépassé comme un chiot qui aboie, fuit ou panique mais la saturation peut être beaucoup plus discrète.

Certains vont s’agiter énormément, mordiller davantage la laisse, essayer de fuir ou sembler incapables de redescendre émotionnellement.
D’autres vont ralentir, se figer, chercher à s’éloigner, grogner, couiner, devenir hypervigilants ou ne plus réussir à prendre quelque chose qu’ils apprécient habituellement (friandises, caresses…).
Et d’autres peuvent donner l’impression de « ne rien faire ».

Il faut également penser à l’accumulation. Une expérience peut sembler parfaitement supportable lorsqu’on la regarde isolément, mais plusieurs nouveautés, interactions ou stimulations rapprochées peuvent finir par remplir progressivement la « jauge » du chiot. Ce n’est donc pas seulement l’intensité d’une expérience qui compte, mais aussi tout ce qui l’a précédée.

C’est pourquoi observer son propre chiot et s’adapter est beaucoup plus riche que de suivre un programme préétabli.

Une exposition répétée n’entraîne d’ailleurs pas systématiquement une habituation. Selon l’individu, l’intensité du stimulus et la manière dont les expériences sont vécues, une sensibilisation peut au contraire apparaître : au lieu de s’habituer progressivement, le chien devient de plus en plus sensible et réactif à ce qu’il rencontre.

C’est notamment l’un des risques lorsque l’on fonctionne par immersion : confronter directement le chiot à une situation trop intense, trop proche ou trop longue, en espérant qu’à force d’y être exposé, « il finira bien par s’habituer ».
Or, lorsque ses capacités d’adaptation sont dépassées et qu’il ne peut pas suffisamment prendre de distance, répéter l’expérience ne garantit pas l’habituation et peut au contraire renforcer son inconfort. En matière de socialisation, plus n’est donc pas mieux.


Nos envies ne sont pas toujours ses besoins

Nous sommes fiers de notre chiot et avons naturellement envie de partager notre quotidien avec lui. Mais un marché bondé, une brocante, une fête de famille, un festival ou un événement sportif peuvent représenter une quantité considérable d’informations pour un jeune chien.

Le fait que nous ayons envie qu’il participe ne signifie pas nécessairement qu’il ait besoin de vivre cette expérience aujourd’hui.

Cela ne veut pas dire qu’un chiot ne devrait jamais aller au marché ou en terrasse. Tout dépend du chiot, du lieu, de l’heure, de la fréquentation, de la durée… et aussi de ce qu’il a déjà vécu dans sa journée.

Parfois, nous adapterons l’expérience. Parfois, nous la raccourcirons. Parfois, nous ferons demi-tour. Adapter, c’est choisir une difficulté que notre compagnon est capable de traverser plutôt que de lui demander simplement de la subir.


Vivre avec son chien, pas vivre uniquement pour son chien
Amaruq mon chiot esquimau du canada dans le sac à doc
Adapter ne signifie pas renoncer. Lorsqu’Amaruq était chiot, le sac à dos nous permettait par exemple de partager certaines sorties sans lui demander de marcher, d’interagir ou de gérer l’environnement en continu. Il pouvait découvrir, observer… en toute sécurité.
Amaruq mon chiot esquimau du canada dans le sac à doc


Respecter son rythme ne signifie pas organiser chaque seconde de notre existence autour de lui. Nous avons également une vie, des contraintes, des envies et des besoins et notre chien devra progressivement apprendre à évoluer dans cette réalité.

L’objectif n’est donc ni de tout lui imposer, ni de supprimer de notre quotidien tout ce qui pourrait momentanément l’inconforter.

Il s’agit de construire un quotidien équilibré et réaliste pour les deux côtés de la laisse.
Parfois nous adapterons notre projet pour lui.
Parfois nous l’accompagnerons dans une situation qui n’est pas son activité préférée mais qu’il est capable de vivre sereinement.
Et parfois nous déciderons simplement qu’il sera beaucoup mieux à dormir tranquillement à la maison pendant que nous allons profiter d’un événement entre humains.

Tous les lieux où les chiens sont autorisés ne sont pas forcément des lieux où notre chien a besoin d’être. Il ne s’agit pas de devenir « esclave » de son chien mais de vivre ensemble, en conscience et en harmonie.


Il n’existe pas de parcours parfait

Quelqu’un te dira : « Il faut qu’il voie plus de chiens. »
Un autre : « Il faut absolument l’emmener en ville. »
Puis : « Il devrait déjà savoir faire ça à son âge… Moi, le mien… »


Et les réseaux sociaux ajoutent facilement leur propre pression avec des chiots qui semblent savoir tout faire, aller partout et être à l’aise en toutes circonstances.

Mais tu ne connais ni leur contexte ni l’ensemble de ce que vivent ces chiens. Toi, tu vis avec ton binôme.
Chaque chiot possède sa génétique, son histoire, son tempérament, ses expériences et ses capacités.

La période précoce compte, oui, mais elle n’est pas un compte à rebours au terme duquel tout serait définitivement joué : les expériences et apprentissages continuent ensuite, et l’AVSAB recommande d’ailleurs de poursuivre les expériences variées au-delà des premiers mois. 

Alors, plutôt que de chercher le parcours « parfait », composons du mieux possible avec celui que nous avons devant nous.


Faire découvrir le monde à son chiot ne consiste donc pas à lui montrer le plus de choses possible. C’est l’accompagner suffisamment pour qu’il puisse progressivement le comprendre, y prendre ses repères et développer ses propres compétences.

Certaines journées permettront beaucoup de découvertes, tandis que d’autres demanderont davantage de calme et de prise de recul.
Certains chiots iront spontanément au contact quand d’autres préféreront regarder longtemps avant de participer. Une socialisation réussie ne se mesure pas à tout ce qu’un chiot aura vu, touché ou rencontré.



Elle se construit surtout dans la qualité des expériences qu’il aura vécues, dans les compétences qu’il aura développées et dans la confiance qu’il pourra progressivement accorder à son environnement… et à l’humain qui l’accompagne.

Parce qu’entre lui montrer le monde et lui apprendre qu’il peut s’y sentir en sécurité, il y a une vraie différence.

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